A l’occasion de la sortie de Mayday, mercredi 25 janvier 2023 dans les salles françaises. J’ai pu effectuer une interview du rĂ©alisateur, Jean-François Richet en compagnie du journal Paris-Normandie et le site de Les Chroniques de Cliffhanger. DĂ©couvrez toutes les questions posĂ©es durant cet Ă©change.

JF Richet : Ăa se fait assez souvent, ça arrive. Il y a des films souvent qui sont traduits diffĂ©remment. Moi je ne rentre pas lĂ -dedans. En revanche, je peux mettre mon veto si je n’aime pas l’un des deux. Donc j’aime bien les deux Ă vrai dire. Plane, ça m’a fait bizarre et en fin de compte, maintenant je vois sur les rĂ©seaux sociaux, tout le monde trouve ça gĂ©nial. Maintenant ça s’est retournĂ©, ils trouvaient ça ridicule et maintenant ils trouvent ça carrĂ©ment gĂ©nial parce qu’en fin de compte, il nây a pas de gras comme dans le film. Et puis Mayday, je trouve que c’est aussi une Ă©vidence, c’est pas mal, mais j’aimais bien aussi le cĂŽtĂ© Mayday parce que l’origine de MĂ©dĂ©e est française. Lâorigine, c’est MĂ©dĂ©e, MĂ©dĂ©e. Ils n’avaient pas compris les Anglais quand ils ont captĂ© ce message de SOS. Et ils disaient MĂ©dĂ©e, MĂ©dĂ©e. Jâaime assez les deux. Je dis parfois on aime le chocolat et puis la vanille et ben voilĂ , c’est mon cas.
Le film se passe aux Philippines. Pourquoi avoir choisi les Philippines pour parler de terrorisme ?
JF Richet : C’est vrai, Oui, parce que Ă l’Ăźle de YOLO, il y a ça. J’ai Ă©tĂ© voir sur internet Ă©videmment, je n’ai pas Ă©tĂ© voir de visu, mais il y a une bande comme ça qui terrorise. C’est l’Ăźle de YOLO et on peut les voir sur internet, ils ressemblent aux personnages, ils sont habillĂ©s de la mĂȘme façon. Ăa part d’un fait rĂ©el. AprĂšs voilĂ tout est fictionnalisĂ©. Ils ont une dimension quâon n’a pas voulu mettre. Ils ont une dimension religieuse aussi Ă©videmment, ce sont des terroristes, donc on nâa pas mis. Mais de la façon quâils tuent certaines personnes, vous savez, c’est facilement identifiable, mais ce n’est pas le sujet. de faire de la politique.
Câest pour ça que vous n’avez pas tournĂ© ce tour sur cette Ăźle lĂ ?
JF Richet : On a tournĂ© en Porto Rico pour plusieurs raisons. C’est que l’Ăźle ressemble beaucoup Ă une forĂȘt tropicale et lĂ bas, mĂȘme si ce n’est pas un Ătat amĂ©ricain, c’est un territoire amĂ©ricain. C’est facile d’importer. Par exemple, on a une guimble, une grosse machine sous verrins. On met l’avion dessus et qui permet de de faire les turbulences. Ăa suffit dans une Ăźle aux Philippines, je ne sais pas comment je vais la voir. Donc ça on l’a fait amener dĂ©jĂ je crois du Canada. Mais bon,il y a des facilitĂ©s, des infrastructures, ils ont des camĂ©ramans. Ou alors, si on veut, on a amenĂ© des Etats-Unis, c’est plus facile. Mais bon, voilĂ , ça se passe beaucoup dans la forĂȘt. C’est la mĂȘme. C’est comme si quand on espĂšre une forĂȘt en Allemagne, une forĂȘt en France. En mĂȘme temps, c’est diffĂ©rent parce que ça, il y a plus d’Ă©cart. Mais bon, c’est dans ça, c’est pareil.
LâidĂ©e vient du romancier de Charles Cumming. Il est auteur de thriller, d’espionnage et l’intrigue initiale Ă©tait centrĂ©e sur un dĂ©tournement vers une zone contrĂŽlĂ©e par les terroristes. Comment ĂȘtes-vous venu Ă l’idĂ©e du crash ? Et pourquoi l’avoir mis autant en avant dans votre long mĂ©trage ?
JF Richet : Moi j’aime bien dĂ©jĂ le scĂ©nar, c’est pas moi qui l’ai Ă©crit. Quand on me l’a proposĂ©, j’ai changĂ© tout de mĂȘme pas mal de choses, mais la structure Ă©tait lĂ . Moi ce que j’ai fait, c’est que j’ai remis un principe de rĂ©alitĂ© parce que c’Ă©tait un peu trĂšs superhĂ©ros quand mĂȘme, des choses vraiment improbables. Donc la production a acceptĂ© et je voulais que la scĂšne de dĂ©but, du crash, soit comme si je filmais une scĂšne de fin qui donne de l’adrĂ©naline tout de suite, puis aprĂšs par contre, il faut tenir le rythme. Mais ça pourrait ĂȘtre la scĂšne du dĂ©but du crash ; elle pourrait figurer dans un film gĂ©nĂ©rique d’action comme fin. Et je voulais qu’on passe du temps avec les personnages, je voulais qu’on soit dans l’action. J’ai vu pas mal d’extrait de crash ou d’avion en turbulence sur d’autres films. Je me suis aperçu d’un truc, c’est que ça ne dure pas longtemps dans les autres films. Ăa dure, il y en a des trĂšs trĂšs bons, c’est pas ça que je dis, mais ça dure une, deux minutes. MĂȘme dans « Seul au monde », on a Ă un moment une espĂšce de crash en avion, ça ne dure pas longtemps. De mĂ©moire, ça dure une minute et demie ou deux minutes. Et donc je voulais vraiment Ă©tirer ce truc pour qu’on soit vraiment Ă l’intĂ©rieur, le plus prĂšs possible d’une rĂ©alitĂ© on va dire, mĂȘme si c’est infime.
Il y a pas mal de sĂ©quences avec effets spĂ©ciaux dans Mayday, notamment les scĂšnes aĂ©riennes de l’avion. Comment est-ce que vous avez balancĂ© le cĂŽtĂ© tournage rĂ©el et l’utilisation de VFX?
JF Richet : Tout ce qui est Ă l’intĂ©rieur de l’avion, c’est rĂ©el. D’ailleurs, la camĂ©ra ne sort pas de l’avion. Alors aprĂšs on peut filmer Ă l’extĂ©rieur, mais avec les focales, on croit qu’on est toujours Ă l’intĂ©rieur mais la camĂ©ra ne sort pas de l’avion. Tout ce qui est effets spĂ©ciaux, c’est les plans larges avec les mouvements quand on voit l’avion dans son environnement. Mais elle n’a pas tant que ça en fin de compte des plans. Mais non, Ă chaque fois que j’ai pu faire du rĂ©el, j’ai fait du rĂ©el. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai demandĂ© le Guimble. Ăa coĂ»te assez cher de faire, ça coĂ»te plus en millions Ă amener un truc comme ça, mais il fallait, parce que c’Ă©tait la seule façon d’ĂȘtre, d’ĂȘtre avec eux. Donc dĂšs que je peux Ă©viter les effets spĂ©ciaux, je les Ă©vite. Câest pas mon truc.
Vous voulez parler de la violence? Comment vous mesurez la violence? Jusqu’oĂč vous ĂȘtes allĂ©s?
JF Richet : DĂ©jĂ je ne veux pas faire du gore, mais en mĂȘme temps, il y a le principe de rĂ©alitĂ©. Quand vous prenez une balle de fifty cal de 50 mm dans le corps, c’est pas un fusil Ă plomb quoi. Donc ça c’est des discussions que je peux avoir avec le producteur, avec le studio, savoir si je mets le curseur trop loin. Ils n’ont jamais essayĂ© de me contenir, ils ont toujours Ă©tĂ© Ă l’Ă©coute. Et puis par exemple, les impacts de balles, on fait des essais et puis on voit ce qui satisfait les deux parties. Mais globalement, je pense que j’ai poussĂ© le curseur mais ils ont eu raison des fois d’essayer de le tenir. Parce que ce n’est pas un film gore, donc faut trouver l’Ă©quilibre entre un spectacle rĂ©aliste, mĂȘme si c’est difficile par les spectacles, on parle de de gens qui meurent, mais en mĂȘme temps ils sont mĂ©chants. Et puis ne pas ĂȘtre dans la profusion, parce que ce n’est pas un film gore. Si je rĂ©alisais un film gore, ça serait autre chose. Mais ce n’est pas l’effet. Il faut garder aussi le rythme. Il ne faut pas que les gens vomis, il faut que les gens fassent *effet de surprise*, ça suffit, faut pas qu’ils fassent Ahhhhhh . Et ça marche bien aux Etats-Unis, ça marche bien, ils applaudissent. Et je pense que si c’est un peu plus, ce nâest pas plus applaudi. Le dosage, il faut avoir du recul et puis faut il faut avoir confiance aux gens qui vous conseillent aussi. Jâavais un studio incroyable, donc ils essayent toujours de comprendre pourquoi les choses. Donc quand on essaye de comprendre dĂ©jĂ le pourquoi et que moi j’essaye aussi de comprendre pourquoi on trouve.
GĂ©rard Butler est producteur du film et incarne un peu un cĂŽtĂ© anti-hĂ©ros contrairement Ă d’habitude il a le cĂŽtĂ© hĂ©ros, ce qui est un peu un peu bizarre. Et je voulais savoir en fait, c’est un choix de faire ce personnage, un anti-hĂ©ros, une vulnĂ©rabilitĂ© avec une prise de dĂ©cision ou pas du tout au dĂ©part oĂč ça a Ă©tĂ© changĂ© ?
JF Richet : C’Ă©tait choisi depuis le dĂ©part. Mais surtout moi je pense que c’est un vrai hĂ©ros. Parce que dire que c’est un homme ordinaire qui fait des choses extraordinaires dans une situation encore extraordinaire, il n’a pas les capacitĂ©s des mercenaires, il n’a pas la capacitĂ© du personnage qui est jouĂ© par Mike Colter, c’est Ă dire qu’il y a des choses, on va dire qu’il a un peu, il est un peu over, mais c’est toujours crĂ©dible, on va dire rĂ©aliste, mais plutĂŽt le mot, ça serait plutĂŽt crĂ©dible. Et moi ce qui m’intĂ©resse c’est les working class hĂ©ros. J’aime bien les gens de la classe ouvriĂšre, les gens sur lesquels on peut s’identifier, les gens lambda. Moi j’aime bien, je suis peut ĂȘtre passĂ© pour un old school, mais j’aime bien. J’aime bien Stallone dans Rocky, quand il se lĂšve le matin, tu vois, il arrive, il se lĂšve, il prend son verre, il met ses oeufs, il nâa pas thune, il faut qu’il aille bosser. Il sait que de toute façon qu’il va se faire dĂ©foncer, il boit le truc tu vois, il va courir, il va taper dans sa viande. J’aime ça moi j’aime les personnages comme ça, j’aime les acteurs qui peuvent. Moi je l’ai vu ça marche bien aux Etats-Unis donc je suis ravi. Mais j’ai vu les gens qui allaient le voir quoi. Câest des gens comme nous, c’est des gens qui ont bossĂ© au McDo, qui vont bosser Ă l’usine, qui vont vendre des bagnoles, qui vont, ils s’Ă©clatent, ils sont, ils ne se disent pas : oh, c’est un plaisir coupable d’aimer. Ils ne sont pas dans l’intellectualisme, ils sont dans le truc viscĂ©ral. J’aime un peu comme ma fille. Ma fille, je l’envoie voir⊠Elle adore la danse classique. Elle a cinq ans, elle est comme ça quoi. Elle est Ă©merveillĂ©e, elle voit, elle voit le lac des cygnes, « C’est pas trop long ? Non, non, non non non ». Elle voit la grĂące, Elle ne voit pas le travail, elle voit la fluiditĂ©, elle voit les costumes, elle voit l’histoire, elle voit GisĂšle, elle voit, elle voit tout ça. Et puis quand elle s’ennuie, elle s’ennuie. Jâessaie de l’ouvrir Ă tous les trucs de la danse contemporaine. On va dire la danse classique, mais un peu moderne et tout. Alors elle s’embĂȘte, elle fait je m’ennuie, j’ai pas envie de ça. Elle ne se pose pas la question? j’aime, j’aime pas. Et je trouve que le cinĂ©ma on a un peu perdu ça. Alors peut ĂȘtre en France plus que plus qu’aux Etats-Unis, je ne sais pas, mais moi c’est pareil, j’aime, j’aime pas, je peux aimer un film de Desplechin, je peux aimer un film de Buttler, je peux aimer un Rocky, je peux aimer un PodalydĂšs. Puis des fois il y en a que j’aime pas et puis je me casse. Jâai voulu te faire un film comme ça, de tripes. Pour l’instant il marche bien mais bon, on verra comment il est reçu en France.
Butler a été a été le choix initial ?
JF Richet : Il Ă©tait avant moi sur le projet, c’est eux qui m’ont choisi, c’est GĂ©rard et la production qui m’a choisi. Ils ont vu les Mesrine, ils ont vu l’empereur de Paris, il a fait okay.
Il savait que vous aviez envie de faire ce genre deâŠ
JF Richet : Ah non, je nâavais pas envie. J’ai toujours dit non aux studios hollywoodiens. Jâai fait deux films amĂ©ricains mais avec des petites structures. J’ai lu le scĂ©nar et je dis : ça a un Ă©cho en moi. Ăa m’amuse et je trouve qu’en plus que maintenant les films sont trĂšs trĂšs trĂšs orientĂ©s bien-pensants. En France, il y a tous les trucs des quotas et tous ces trucs lĂ , ça me fatigue. Jâai dis je vais faire un film. Juste un truc de plaisir ou je ne me pose pas la question si c’est progressif ou pas. La sexualitĂ© des gens ou pas ? La couleur de peau? Je nâen ai rien Ă foutre. La religion j’en m’en fous, je prends juste l’Ă©clate et je prends les gens et je prends les meilleurs acteurs que je peux et je raconte une histoire viscĂ©rale en espĂ©rant qu’il passe un bon moment. C’est pour ça que peut ĂȘtre que c’est un film de rĂ©sistance aussi. Et j’en ai marre qu’on me dise comment penser. J’en ai marre que les rĂ©alisateurs ou les acteurs me fassent des leçons de morale, me disent pense pas comme si Ă toi. Je suis dĂ©solĂ©, je me lĂšve Ă 6 h le matin, je suis chauffeur de taxi, il ne va pas m’expliquer ma vie quoi. Il y en a un peu marre quand qu’on me donne des leçons et on ne fait pas ça. On ne va pas chanter lĂ parce que c’est ça et essayer cette meilleure idĂ©e lĂ . Et cette ville, elle est comme ça. Mais laissez-nous tranquilles, quoi! Si nous, en tant que artistes entre guillemets, on n’arrive pas Ă rĂ©unir les gens. C’est quoi ton mĂ©tier ? Tu vas raconter une histoire pour que pour les gens qui pensent comme toi, tu vas raconter une histoire, qu’il y a des gens qui n’ont la mĂȘme couleur de peau que toi. Tu vas raconter des gens que pour les gens qui ont la mĂȘme religion que toi, tu vas raconter, tu vas rendre compte, tu vas raconter des histoires. Pourquoi les gens qui ont la mĂȘme sociĂ©tĂ© que toi, mais moi je m’en fous. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Tant que tu ne fais pas mal aux autres, tu penses ce que tu veux, tu vois, t’es la couleur que tu veux. Tu peux. Je m’en fous. Tu n’as pas besoin d’ĂȘtre fier de ça. T’es nĂ© comme ça, on s’en fout. Donc moi, en tant qu’artiste, je n’ai pas Ă me positionner comme ça. Moi je veux que le plus de gens possible le voient et en espĂ©rant qu’il y ait un maximum que ça leur plaĂźt le film. Mon acte de rĂ©sistance, il est lĂ . Ce n’est pas d’ĂȘtre plus intelligent que mon sujet, je pourrais faire l’intelligent. Action, c’est fatigant, arrĂȘtez avec des postures, je vous connais en plus je vous connais, arrĂȘtez de signer des pĂ©titions et puis vous faites le contraire dans la vie, donc ça en a un peu marre de ça. Donc quand on m’a proposĂ© ça, j’ai dit ah, je vois un espace de libertĂ© dans un cadre hollywoodien, tu ne peux pas casser les murs, mais en revanche tu peux les pousser et tu les pousses Ă ta guise tant qu’ils sont contents. Câest mon montage avec un studio, c’est mon montage, c’est ma director cut qu’ils ont testĂ© en salle et ça a bien marchĂ© et c’est mon montage Ă Hollywood. Juridiquement, je ne l’ai pas le montage, mais dans les faits je l’ai eu, donc je m’en fous du papier. Donc tu vois, c’est j’ai eu cette libertĂ© dans un genre, Ă©videmment, si je faisais le film, bon GĂ©rard, maintenant tu vas rĂ©flĂ©chir sur ton cockpit, sur toutes les incidences. Non, tu vois, ça ne marche pas à ça, tu vois. Mais quand une fois que tu acceptes le genre, t’es libre. Tu vois, c’est du cinĂ©ma, si on est lĂ pour se prendre la tĂȘte. Non mais va dire les gens lĂ , on se prend tous la tĂȘte, pas ça, on a des factures de la banque, la banque vient de m’appeler et mĂȘme les rĂ©alisateurs, mais on a tous des trucs comme ça. Mais Ă un moment, on travaille ensemble, on propose des films. Il y en a qui aiment avec des rĂ©serves, ce nâest pas grave, il y en a qui qui nâaiment pas ou ils ont peut peut-ĂȘtre un peu de rĂ©serve. Ce nâest pas grave, c’est un film et on s’Ă©clate. Moi j’espĂšre que les gens sâĂ©clateront. Nan mais câest de passer un bon moment. Quand tu vas voir une piĂšce de théùtre ou n’importe quoi, t’aime une chanson et puis tu ne peux pas plaire Ă tout le monde. J’en ai un peu marre de ce truc qu’on me donne des leçons. En gĂ©nĂ©ral c’est des bourgeois qui te donnent des leçons, qui t’explique comment vivre. Je dis laisse-moi tranquille, tu te prends la tĂȘte parce que tu as le temps de penser à ça. Mais il y en a des gens, ils vont bosser. Tu vois les gens ils se galĂšrent avec l’essence, arrĂȘte de faire mec, t’es tout proche du peuple parce que tu votes pour tu crois du bon cĂŽtĂ© ? ArrĂȘte, arrĂȘte, arrĂȘte! Enfin bon, c’est un dĂ©bat, qui nâest pas si loin quand mĂȘme du film, c’est un film viscĂ©ral oĂč il n’est pas lĂ pour ĂȘtre bien-pensant et il est lĂ pour faire.VoilĂ , il y a un processus, il y a un principe d’identification Ă un personnage et on lui met Ă©videmment des conflits, il faut qu’il les rĂ©solve. Disney, c’est pareil, il y a un petit personnage, on lui met des conflits, puis il doit les rĂ©solvez. Et puis Ă la fin, il se retrouve transformĂ©. C’est ça la dramaturgie, mais ça depuis Shakespeare. Et puis maintenant on fait comme sâil fallait revenir sur tous les archĂ©types. Les gars, depuis les Grecs, ça n’a pas changĂ©. Donc vous, avec vos trucs, vos nouvelles idĂ©es, vous croyez quoi? Et puis Ă la fin, vous faites 40 000 entrĂ©es. Au demeurant, je ne suis pas contre faire 40 000 entrĂ©es, mais il faut que mon film coĂ»te 40 000 âŹ. Et le problĂšme c’est qu’ils font 40 000 entrĂ©es avec des quatre ou 5 millions. Et puis ils sont tous contents. Et ton film Ă©tait super. Ouais mais c’est ton frĂšre qui t’a dit ça. En vrai, pourquoi jâai ce discours-lĂ ? C’est que j’aime tellement le cinĂ©ma français que je ne peux plus supporter la dĂ©rive, ce qui se passe. Jâai tellement et je prĂ©fĂšre tourner en France en plus. J’aime tellement le cinĂ©ma français, j’ai tout, mais que ce soit large, de Desplechin Ă PodalydĂšs, Ah je ne sais pas, Xavier Beauvois, Ă Eric BĂ©nard. J’aime vraiment tous les films et d’ailleurs je cite des gens qui ne font pas la morale. Ăvidemment, le clou du spectacle, c’est les CĂ©sar. Ok, heureusement que je l’ai eu avant tout ça.
Une des sĂ©quences au milieu du film est un plan sĂ©quence. Le personnage de Gerard Butler essaie de passer un coup de fil et puis il se fait attaquer. Comment est-ce que ce choix s’est fait et comment est-ce que la scĂšne a Ă©tĂ© tournĂ©e sur le plateau et comment?
JF Richet : DĂ©jĂ , il y a beaucoup d’entraĂźnement. Ăa veut dire qu’il y a des chorĂ©graphies qui se font, on propose des trucs, je dis non, ça lĂ , c’est trop technique. Moi je veux le principe d’identification Ă un personnage. Et comme ce mec il est lambda, je n’ai pas besoin de sur dĂ©couper et de faire des trucs de fou. Et je voulais vraiment qu’on souffre avec le personnage. C’est clair, c’est un mec comme nous. AprĂšs il a de la force et tout ça. Il est en forme physique, mais c’est un mec comme nous qui va entre guillemets tuer pour survivre. Donc je voulais ĂȘtre le plus proche de lui avec la camĂ©ra et pas faire de dĂ©coupage. Pourquoi est-ce que quand tu fais des dĂ©coupages, tous les inserts, c’est pas les acteurs qui les font. Tous les plans oĂč il est de dos, c’est pas les acteurs qui les font, c’est les cascadeurs. Et moi je voulais vraiment faire ça avec Gerry mais ce n’est pas Ă©vident Ă faire. Faut que ça soit trĂšs technique. Alors ce qui m’a fait penser de faire un pla sĂ©quence, c’est d’ĂȘtre le plus prĂšs possible. DĂ©jĂ moi en tant que metteur en scĂšne, je me dis, qu’est-ce que je peux apporter tout en Ă©tant juste que d’autres metteurs en scĂšne ne pourraient pas penser. Alors des fois on ne trouve pas, et puis des fois on pense. Pis quand tu regardes les films amĂ©ricains, ils sont tous archi dĂ©coupĂ©s, tous, mĂȘme des trĂšs trĂšs bons films comme le James Bond oĂč les chorĂ©graphies sont incroyables. Ils sont tous dĂ©coupĂ©s, il y a un plan toutes les secondes. Et je me dis, eux, ils ont plus d’argent que moi, ils ont plus d’entraĂźnement que moi pour arriver à ça. Je ne peux pas y arriver concrĂštement parce que c’est aussi une question d’argent oĂč les mecs ils s’entraĂźnent, ils s’entraĂźnent, ils ont plein d’Ă©quipes. Nous, on a une Ă©quipe et donc je me dis qu’est-ce que je peux apporter en tant qu’EuropĂ©en? C’est quelque chose par rapport aux personnages. Moins tu coupes plus tu es avec le personnage d’ailleurs. MĂȘme quand c’est pas des films d’action, quand tu vois Scorsese, quand il fait femme sous influence et qui filme Gina Rolande qui est complĂštement ivre Ă table, c’est un plan sĂ©quence, ce n’est pas un combat, mais on est avec elle. Et plus le plan est dur, plus on est avec elle. Câest un film incroyable. Je me dis, moi je suis nourri du cinĂ©ma comme ça, et puis europĂ©en et tout ça. Donc je me dis qu’est-ce que je pourrais amener comme back? Moi je ne suis pas un AmĂ©ricain, je ne fais pas de clips, je ne fais pas de publicitĂ©. Eux, ils sont aguerris à ça, ils vont dans tous les sens. Et d’ailleurs, en gĂ©nĂ©ral, ce nâest mĂȘme pas les rĂ©alisateurs qui font les plans, c’est les rĂ©alisateurs de seconde Ă©quipe. Moi, je fais tous les plans, donc qu’est-ce que je peux apporter moi, avec ma sensibilitĂ© europĂ©enne? Toi qui aimes Cassavetes, qui aime Godard, qui aime Truffaut. Qu’est-ce que je peux apporter ? VoilĂ , donc je me dis, je l’amĂšne à ça avec un plan sĂ©quence et j’ai de la chance d’avoir un acteur qui me suit, qui me fait confiance parce que faut jamais faire un film En tant que metteur en scĂšne, si vous n’avez pas l’impression de faire le mĂȘme film que l’acteur parce que lĂ vous ĂȘtes mort et GĂ©rard voulait ça. GĂ©rard Butler voulez ça, Il voulait. On va dans cette voie Ă quelque chose oĂč moi je suis moins hĂ©roĂŻque, donc ça fait le truc moins hĂ©roĂŻque ou je souffre plus, ou je rĂ©agis. Alors aprĂšs, ce n’est pas un film psychologique, mais oĂč je rĂ©agis quand je tue quelqu’un pour la premiĂšre fois ou je prends mon temps dans l’avion. Ou pour vivre ça avant d’appeler ma fille parce que je ne suis pas en Ă©tat. Il y a ce truc, que sans l’acteur je n’aurais pas pu le faire celui-lĂ s’il n’avait pas voulu. Mais il voulait le faire dĂ©jĂ avant.
Mike Colter connu pour son rĂŽle de Luke Cage. Il est beaucoup en retrait par rapport Ă GĂ©rard Butler. Est-ce que c’Ă©tait voulu ou pas du tout ?
JF Richet : C’est dans le scĂ©nario. Et puis surtout, c’est un personnage qui va se rĂ©vĂ©ler Ă fur et Ă mesure. On le prend pour le bad guy. D’ailleurs, on a fait le film en pensant, en faisant croire que les problĂšmes allaient venir de lui. Enfin de compte pas du tout. Il se rĂ©vĂšle lui dans l’action et puis surtout moi je trouve qu’il se rĂ©vĂšle, il n’a pas besoin de rĂ©pondre aux questions, moi jâaime assez ça. Il pose une question et puis il passe Ă autre chose. Tu vois par exemple quand t’as lâautre, il le remercie dans la voiture, quand ils arrivent comme ça avant d’arriver dans le village. Ils arrivent comme ça. L’autre il le remercie. N’importe quel film ricain il fait maintenant, c’est normal, il faut qu’il aille sauver. Lui, il fait, il descend. Il se trouve que moi justement, c’est que moins il en fait, plus ça lui donne de la contenance. C’est un personnage trĂšs intĂ©ressant. Donc oui, aprĂšs c’est le second rĂŽle, ce n’est pas le rĂŽle de GĂ©rard, lĂ c’est le second rĂŽle. AprĂšs, c’est un rĂŽle assez prĂ©sent pour que les gens, ils sentent un manque et qu’ils veulent une suite avec lui.
Est ce qu’il y a des scĂšnes que vous avez tournĂ©es qui n’ont pas Ă©tĂ©, que vous n’avez pas incorporĂ© parce que c’Ă©tait trop long ou pas du tout?
JF Richet : Oui une qui Ă©tait la scĂšne dans la tour. Ăa n’a pas durĂ© longtemps. C’Ă©tait une demi-journĂ©e de tournage, mais c’Ă©tait une scĂšne dans la Tour Ă Manille, donc Ă l’extĂ©rieur de l’avion, et c’Ă©tait pour montrer qui perdait l’avion. Et enfin, compte ils se rĂ©pondaient, ils ne sâentendaient pas. Et puis quand j’ai montĂ© le truc, j’ai tout de suite, j’ai dit quand j’Ă©tais avec mon monteur, j’ai dit on va monter sans ces scĂšnes, j’suis sĂ»r, c’est mieux d’rester qu’Ă l’intĂ©rieur avec eux. Et donc on en parlait. Puis le producteur il fait mais quand mĂȘme essaye parce que ça va donner une respiration, ça va donner la big view fait non mais je ne veux pas la Big View, je ne veux pas que ça soit comme un film ricain normal. DĂ©jĂ on passait avec, aprĂšs, mais dĂ©jĂ avec New York, mĂȘme si c’est plus tard, je ne veux pas que pendant que je montre ma tension Ă l’intĂ©rieur du cockpit, d’aller Ă un truc oĂč je fais semblant de bouger la camĂ©ra comme un fou pour montrer que c’est speed. Ăa m’avait soulĂ©, donc je n’ai mĂȘme pas montĂ© les scĂšnes. Je crois mĂȘme que çâest une des rares fois dans ma vie oĂč il y a une scĂšne que je tourne et que je ne monte pas, une des rares. Ăa a dut mâarrivĂ© dĂ©jĂ , mais c’est une des rares.
Le film se balade aussi beaucoup auprĂšs de beaucoup de personnages secondaires, tous les tous les personnages de tous les passagers de l’avion, etc. Est ce qu’il y a eu Ă certains moments des questionnements ? Vous vous ĂȘtes posĂ© au montage sur, est ce que ce personnage-lĂ , on ne le voit pas trop?
JF Richet : Non. Je savais dĂ©jĂ comment j’allais monter le film quand je l’ai tournĂ©. AprĂšs, t’as toujours des surprises. Je ne dis pas quâil nây a pas un plan qui est lĂ Ă la place d’un autre, mais globalement non, je savais. Il Ă©tait dans ma tĂȘte le film, moi dĂ©jĂ . AprĂšs ce que j’ai fait, câest je lâai plus resserrĂ© que ce que je pensais au montage. Mais globalement c’Ă©tait ça. Non, non.
Est ce quâil ya eu plus contraintes que vous avez eu par rapport aux deux autres films amĂ©ricains que vous avez fait ?
JF Richet : C’Ă©tait toujours des contraintes. DĂ©jĂ les contraintes financiĂšres, mĂȘme si ce sont des gros budgets, il y a toujours des contraintes financiĂšres. Il faut prendre sur certains postes pour mettre. Ouais. IdĂ©alement, j’aurais voulu avoir plus mais ce n’Ă©tait pas possible Ă cause du COVID et tout. J’aurais aimĂ© avoir des rĂ©pĂ©titions beaucoup plus poussĂ©es. Pas le jeu mais pour tout ce qui est dĂ©placement des voitures, des fusillades etc. Donc tout Ă©tait carrĂ© mais on Ă©tait sur un filaire pour que ça rentre dans les jours. On Ă©tait vraiment sur un fil et il ne fallait pas l’incident, il fallait pas l’accident quoi. JâĂ©tais dans les temps. Mais oui, j’aurais voulu un peu plus me rassurer on va dire pour toute la scĂšne finale de fin. Si j’avais eu quelques jours de rĂ©pĂ©tition en plus, ça aurait Ă©tĂ© bien. Mais voilĂ , les protocoles Covid, tout ça, c’Ă©tait trĂšs trĂšs trĂšs trĂšs trĂšs lourd.
Le tournage a duré combien de temps au final?
JF Richet : Huit semaines, je crois. Huit semaines et demies. Huit semaines comme un film français. Et je n’ai pas de seconde Ă©quipe.
Je remercie Metropolitan Export Films et Mensch Agency pour cette rencontre.








